LA MODE GENDER FLUID EST-ELLE SI NEUTRE ?

Bien trop souvent, la mode gender fluid ne se résume qu’en des basiques aux coupes larges. Mais si elle tend surtout à masculiniser, peut-on vraiment parler de fluidité ?

La mode menswear fluid

Bousculer les clichés autour du genre est la raison pour laquelle la mode gender fluid est innovante. Or, les pièces tirées de collections non-genrées n’ont en général rien d’époustouflant : des basiques neutres, larges, proposées dans toutes les tailles et qui ont tout l’air d’avoir été empruntés au vestiaire masculin. « On ne peut pas vraiment parler de mode gender fluid, constate Alice Pfeiffer, journaliste mode affutée et spécialiste des questions autour du genre. Il ne s’agit jamais d’un emprunt égalitaire des vestiaires féminins et masculins, la fluidité ne se fait que d’un côté. C’est plutôt du menswear pour tout le monde, un peu plus fluide », ajoute-t-elle. Masculiniser la femme, sans féminiser l’homme ? Si l’heure semble être au vestiaire masculin, l’homme aussi commence à s’affranchir des codes vestimentaires. Jupes, transparence, dentelles, sacs à main… Il suffit de jeter un coup d’œil aux derniers défilés menswear pour reconnaître que l’homme adopte une allure plus féminine. Mais dans la rue, il se fera plus timide.

La mode gender fluid, souvent un business plan

Porter des pièces non-genrées est avant tout une façon de s’affirmer. Car esthétiquement, la mode gender fluid joue la carte de la simplicité, du moins, celle des gros mastodontes de la fast fashion. La nouvelle génération se définissant de moins en moins par son genre, les marques ont compris qu’elles avaient tout intérêt à utiliser une imagerie queer dans leur stratégie marketing. Parce que c’est vendeur, mais aussi par facilité rétorque Alice Pfeiffer. « En termes de production, c’est plus simple de fabriquer ce type de vêtements. On peut dire qu’il y une certaine paresse de coupe » détaille-t-elle. Des basiques simples à produire sont-ils pour autant simples à porter ? « Ce sont souvent des pièces adaptées aux corps très minces » dénonce la spécialiste. Et c’est bien là que ça cloche. Mais si la mode gender fluid est globalement trop basique dans sa conception, il est évident que tout le monde peut la porter. Une mode pour tou.te.s, en quelque sorte, c’est ce qui en fait quelque chose de puissant. Et les diktats de beauté en 2019 : totalement désuets.

La mode pour tou.te.s

Le concept de la mode gender fluid se trouvant la plupart du temps uniquement dans l’étiquette d’un vêtement, on pourrait accuser les marques de s’approprier un phénomène socio-culturel à mauvais escient. « La mode gender fluid peut être une stratégie de queerwashing de la part des marques», note l’experte. Soit la récupération d’une thématique queer par la mode, pour des questions d’image et pour profiter de l’engouement. Le minimum du non-genré pour autant? Des prises de position parfois opportunistes, cependant, les choses bougent, vraiment. 

Article pour Glamour.fr

LE CYCLISTE, VÊTEMENT ULTIME DE L’ÉMANCIPATION FÉMININE?

Basic bitch, cagole, négligée… Celle qui porte le cycliste se voit accoler les étiquettes les moins flatteuses. Ce bout d’élasthanne ultra-moulant divise mais, face au défi de l’empowerment, pourrait bel et bien être le vêtement ultime de l’émancipation féminine. Explications.

Alternative au dépassé legging, le cycliste était à l’origine un vêtement uniquement porté dans le cadre d’une activité sportive. Inimaginable il y a quelques années de sortir de chez soi en short Lycra pour flâner dans les rues. Il faut dire que, telle une deuxième peau, le cycliste n’en finit pas de mouler. Dévoiler ainsi son camel toe ? Une incongruité pour les plus conservateurs, qui jugeront la porteuse de cycliste comme étant une aguicheuse, ne cherchant qu’à tenter l’œil masculin. Quant aux soi-disant progressistes, ils trouveront aussi des choses à reprocher à ce vêtement, affirme la journaliste mode Sophie Fontanel.« Comme les tongs, le cycliste subit des préjugés sociaux, explique-t-elle. Il s’agit d’idées bourgeoises sur ce qui est chic ou pas. Pourtant, avec la folie du yoga, je ne serais pas étonnée qu’on parle bientôt de short-yoga pants ».

Si cette pièce s’impose progressivement de la salle de sport aux catwalks, en passant par les réseaux sociaux, c’est qu’elle a ses égéries : Kim Kardashian et ses drôles de sœurs. Qu’on les apprécie ou non, elles ont réussi à détourner la mode de son obsession pour les femmes blondes et filiformes. Pour le quintet californien, adopté le cycliste est une façon d’être les plus sexy tout en montrant au monde entier que sont les plus actives. « Elles l’ont porté pour ses qualités pratiques mais aussi dans une esthétique moulante proche de celle d’Hervé Léger, de façon ‘bodycon’, body conscious comme disent les américains, estime Loïc Prigent, critique mode à l’humour fin. C’est le vêtement de la femme à la mode et hyper active versus la femme à la mode qui porte tellement de broderies qu’elle ne peut pas s’assoir ou lever le bras pour appeler un taxi. C’est un vêtement de ‘vie saine et bon sens’, de celle qui crie ‘regarde moi je suis au top du jeu des tendances’ », ajoute-t-il.

Bonus, ce vêtement moulant à souhait n’est aucunement réservé à un type de corps, très mince ou au contraire, très pulpeux. « Le cycliste est bien pour tout le monde, martèle Sophie Fontanel. Il est flatteur grâce à son côté gainant, et permet aussi de mettre le mollet très en valeur, comme une pencil skirt, mais sans la mobilité qu’elle inflige. J’en ai aussi vu sous des jupes ouvertes, au dernier défilé Dior ». Sans dessus, ou sans dessous, le cycliste magnifie donc toutes les morphologies, ce qui en fait le vêtement de la body-acceptance.

Mais comme tout vêtement d’empuissancement des femmes, le cycliste ne peut évidemment pas plaire à tout le monde et le débat sur son esthétique reste bien tranché. « Je l’ai vu sur quelques camarades parisiennes, raconte Loïc Prigent, mais plutôt celles qui jouent perpétuellement avec nos nerfs visuels, sans qu’on sache jamais si c’est réussi ou avant-garde, sexy ou repoussant, intéressant ou agaçant ».

L’audace suprême ? « Avant, on ne voulait aucune démarcation ni marque, note Sophie Fontanel, mais aujourd’hui, les jeunes femmes se fichent qu’on voit leurs sous-vêtements. C’est générationnel ». En 2019 on montre tout, on s’en fout, et au passage, on démontre qu’après des millénaires de suggestion, voire de monstration, du pénis dans nos sociétés, le cycliste annonce la couleur : il est venu le temps des femmes.

Article pour Glamour.fr

LES INTELLIGENCES ARTIFICIELLES SONT AUSSI RACISTES ET SEXISTES QUE L’ÊTRE HUMAIN

Les intelligences artificielles s’immiscent peu à peu dans nos vies et promettent un jour de nous devancer. Mais pour le moment, elles ne font que reproduire les biais racistes et sexistes de l’être humain. Explications.

Aujourd’hui, les intelligences artificielles sont partout, de la reconnaissance faciale des smartphones dernier cri à l’assistance vocale de Google Homeen passant par Netflix et son algorithme de recommandation. Elles ont peu à peu envahi notre quotidien, nous remplacent parfois et pourraient même un jour nous devancer, selon certain.e.s analystes. Mais pour le moment, la machine n’est pas plus conscientisée que l’être humain, au contraire.

Une étude d’avril 2019, intitulée « Discriminating Systems » et menée par l’AI NOW Institute de l’Université de New York, met en évidence les biais racistes et sexistes des intelligences artificielles. Logique, quand on sait que leurs concepteurs sont majoritairement des hommes blancs. Selon les chiffres révélés par l’étude, seulement 15% de femmes travaillent dans la recherche sur l’intelligence artificielle chez Facebook et 10% chez Google. Quant aux personnes racisées, elles sont sous-représentées voire absentes dans ce domaine. En effet, chez Facebook et Microsoft, seulement 4% de l’effectif est composé de chercheur.se.s noir.e.s et chez Google, cette proportion dégringole à 2,5%.

Les intelligences articielles étant à l’image de leurs créateurs, de nombreux tests révèlent les conséquences de la sous-représentation des femmes et des personnes racisées côté conception. En 2015 déjà, l’application de photos Google identifiait deux personnes noires comme étant des gorilles, renvoyant à un horrible stéréotype raciste. En 2016, Microsoft testait @TayTweets sur Twitter, un chatbot (robot conversationnel) qui devait s’enrichir de conversations avec la communauté pour développer son sens de la répartie. Tay était capable d’échanger avec les twitto.as, sans l’aide de qui que ce soit, mais a rapidement été mise hors ligne. Après avoir été confrontée à des internautes tenant des propos haineux, Tay n’a fait que reproduire par mimétisme ce qui lui avait été écrit, déblatérant par la suite des tweets choquants. Cette fois-ci, les concepteurs ne sont pas directement fautifs, mais cet exemple démontre l’impact négatif que l’être humain a sur la machine : si Tay a tenu des propos racistes, sexistes et antisémites, c’est bien que quelqu’un les lui a enseignés.

Quant à Amazon, le géant souhaitait l’an dernier automatiser sa procédure de recrutement en la confiant à une intelligence artificielle, or, cette tâche était auparavant réalisée majoritairement par des hommes. En se fondant sur les données RH des dix dernières années, l’intelligence artificelle s’est mise à pénaliser les candidatures de femmes. Preuve que les intelligences artificielles absorbent les mauvais mécanismes de l’être humain et qu’une meilleure représentation des femmes et personnes racisées est nécessaire, afin de créer des machines universelles aux comportements impartiaux.

Article pour Glamour.fr

NINO DANS LA NUIT, LE COUP D’ENCRE SUR UNE JEUNESSE INVISIBLE

Tout commence sur les bancs de la Légion, où Nino Paradis, 19 ans, tente une dernière fois de sauver sa peau. D’un quotidien soumis aux mécanismes de domination, entre entraînements à la dure et adjudants recruteurs à la con, Nino va dresser le portrait caricatural d’une misère sociale venue des quatre coins du monde. Tous ces hommes qui, comme lui, veulent échapper au chaos du passé.

Mais la vie de soldat ne dure pas longtemps pour Nino, qui en est rapidement écarté après que des traces de drogues aient été retrouvées dans son urine. Il reprend le peu qu’il a et file retrouver Lale à Paris, l’amour de sa vie. Tous les deux vont faire le choix d’une vie marginale, insoumise à l’infernale crédo « métro, boulot, dodo ». Et dans leur appartement miteux de la périphérie, où le froid venu tout droit de l’hiver entre par les trous qui jonchent les murs, ils n’ont que la peau de l’autre pour se réchauffer. 

Au fil des jours de galère, seul, à deux, ou entre amis, Nino va mettre un coup d’encre sur une jeunesse précaire et invisible, car invisibilisée par de bonnes gueules et un bon français. Ils survivent sur le bitume de Paris, à enchaîner les petits boulots mal payés et pour Nino, les vols et les extras, par-ci, par-là, le shit aux couilles, la sueur au front. Mais si leurs journées sont au point mort, leurs nuits sont en totales roues libres, sans cesse imbibées d’un cocktail explosif d’alcool et de drogues, sous les néons incandescents d’une ville qui flambe, certes, d’hypocrisie.

FASHION WEEK, LE LUBRIFIANT SOCIAL DES FASHIONISTAS

Samedi 2 mars, 11h, défilé de la marque italienne DROMe. Finalement ça n’a commencé qu’à 11h40, mais ça je m’y attendais. 40 minutes d’attente donc lors desquelles j’ai pu assister à un tout autre genre de show, celui des fashionistas. « Hi, hey, ciao bella », le lexique des faux-culs dans son intégralité. Et je pensais : « miroir, mon beau miroir, dis leur que ce sont tous des putain de stars ». 

Puis l’heure du vrai show est arrivée, la collection était intéressante : assemblage de motifs, de pièces, de matières et une ribambelle d’accessoires pimpée de paires de gants de motards venus tout droit du cosmos. Le tout dans une ambiance contrastée, sur fond de musiques italiennes alternées avec des sons plus underground, comme Underworld de Born Slippy. Le clair-obscur était marrant, tantôt à Rome, tantôt à Berlin, un coup de prosecco, un tonc de LSD. Ça matchait bien. Des looks colorés, d’autres plus sombres, tous portés par des alliens plus vénères que jamais, aux pas effrénés mais avec l’air un peu cabossé.

Puis à contre-courant du spectacle auquel j’assistais, qui n’a duré qu’une dizaine de minutes, un détail m’a surpris. Plusieurs personnes n’en avaient clairement rien à branler, les yeux rivés sur leurs téléphones. Quel intérêt de bouger son cul un samedi à 11h du mat, et souvent même de venir de l’étranger? Puis entre la mascarade du pré-show et cette attitude désinvolte, j’ai tout de suite compris que pour bon nombre de fashionistas, la fashion week n’est qu’un lubrifiant social. Toutes huilées, elles claquent des bises, se pavanent et s’approprient la scène le temps d’un instant pour le moins gênant, celui de leur vie.

DIALOGUES AU PAYS LOINTAIN

Je prends plusieurs fois le train dans la semaine, le ter centre, Rambouillet – Paris, Paris – Rambouillet. 35 minutes de malaise et de plaisance solitaire, où je regarde par la fenêtre, les gens, écoute de la musique ou lis. Je fais rarement les quatre en un seul trajet, faut pas déconner. En ce moment je lis Le Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce et l’atmosphère du train, le silence, la solitude et les gueules de morts vivants, embrasse parfaitement l’ambiance de la pièce. Même topo que dans Juste la fin du monde, Louis est atteint du sida et fait le voyage vers les siens, après des années d’absence et de silence, pour leur annoncer qu’il va mourir. Fatalité qu’il taira.

Louis n’a plus que la mort pour seul horizon et se confronte aux souvenirs de ses dernières années, mais cette fois ils sont tous là : amis, famille, amants, amours, morts déjà et encore vivants. Le Pays Lointain est une grande réunion, un paysage élargit de Juste la fin du monde, où tous se croisent pour déballer leurs souvenirs, reproches et douleurs à celui qui les a abandonnés et qui les abandonnera une nouvelle fois mais pour toujours. Celui qui les a découragés de par son silence, sa froideur et son sourire et qu’ils ont laissé partir, seul et en paix, comme dernière preuve d’amour. L’incompris, abandonné lui aussi dans une profonde solitude.

Dave Heath questionne également cette notion de solitude. Présenté sur les murs du BAL à travers l’exposition Dialogues with Solitudes, le photographe américain a capturé les différents visages de la solitude des temps modernes. C’est des rues américaines des années 60 qu’il tire le portrait d’un triste malaise individuel : la foule et la promiscuité forcée des corps en opposition à l’isolement. Tous ont ce même regard vide, comme perdus dans de sombres dialogues avec eux-mêmes.

Le travail du photographe propose de montrer au monde entier que toutes ces personnes existent, même si elles s’absentent de longs instants, comme vous et moi, dans un pays lointain.

KIDDY SMILE CÉLÈBRE SON IDENTITÉ AVEC ONE TRICK PONY

Vendredi 31 août 2018, Kiddy Smile a dévoilé son premier album One Trick Pony. 

J’ai toujours vu briller le DJ-danseur-chanteur à travers les yeux de sa petite soeur, et aujourd’hui je suis super heureux de le voir briller sur tous mes écrans. Il y a deux ans, il balançait la vidéo de Let A Bitch Know, dans laquelle accompagné de danseurs, il reprend possession d’une cité. Un retour aux sources controversé, à coups de voguing et de voiture brûlée.  

En juin dernier, il met le feu à l’Élysée lors de la Fête de la Musique. Il portait un tee-shirt siglé « Fils d’immigrés, noir & pédé », une façon de s’affirmer et de rendre visible aux yeux de tous la communauté noire LGBT.

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Aujourd’hui avec One Trick Pony, l’artiste militant livre une house-électro entraînante aux paroles signifiantes. Soit l’envie de danser, de chanter mais aussi de s’interroger. Des obsessions sexuelles, ou plutôt phalliques, avec Dickmatized, au coming out avec Be Honest, en passant par l’homophobie et le racisme avec House of God. L’album s’attaque de façon personnelle à tous genres de sujets, sur des basses dansantes et dans un paysage majoritairement blanc et hétéronormé.

https://IDOL.lnk.to/One_Trick_Pony